jeudi 25 juin 2026

Relay attack : voler une voiture avec un babyphone ?

Par Joris Bruchet
Relay attack : voler une voiture avec un babyphone ?

Quand un streamer se fait voler sa voiture en plein live

L'affaire avait fait le tour des réseaux sociaux. Un streamer Twitch, en pleine diffusion, découvre avec effroi que sa voiture vient de disparaître de son garage. Sur les images de sa webcam, on distingue vaguement un boîtier étrange, posé contre sa porte d'entrée. La communauté crie au fake. Pourtant, la technique était réelle. Derrière cette opération spectaculaire se cachait Mark Rober, l'ancien ingénieur de la NASA devenu roi des expériences technologiques sur YouTube. Son objectif : démontrer une faille de sécurité automobiles trop souvent ignorée. Cette faille, c'est la relay attack. Ce concept technique cache en réalité une méthode de vol étonnamment simple, accessible avec du matériel grand public — oui, même avec un babyphone.

Pro tip : La relay attack n'est pas une menace futuriste. Elle s'exploite aujourd'hui avec des appareils vendus dans le commerce, parfois pour quelques dizaines d'euros seulement.

Relay attack : comprendre le piratage des clés sans fil

Le principe du relais électromagnétique

Imaginez une situation classique. Vous rentrez chez vous, posez vos clés sur la table de l'entrée, et oubliez de les ranger. À quelques mètres de là, votre voiture stationnée capte le signal de votre clé intelligente. C'est précisément cette proximité que la relay attack exploite. Deux malfaiteurs équipés d'appareils émetteurs-récepteurs créent un pont invisible entre votre clé et votre véhicule. Le premier pirate s'approche de votre porte, son appareil captant le signal de la clé à l'intérieur. Ce signal est instantanément transmis — relayé — vers un second complice posté près de la voiture. Le véhicule, persuadé que vous vous trouvez à proximité immédiate, se déverrouille et démarre. Tout cela se déroule en quelques secondes, sans que vous ne bougiez le petit doigt.

La sophistication réside dans la simplicité. Les systèmes de clés sans fil modernes fonctionnent par échange de signaux radio. La relay attack ne chiffre pas, ne déchiffre pas, ne casse aucune protection. Elle se contente de prolonger artificiellement la portée de ce signal. C'est l'équivalent technique de tendre un fil téléphonique supplémentaire pour écouter une conversation à distance — sauf que personne ne remarque le fil.

Pourquoi un babyphone suffit théoriquement

Le babyphone, cet objet familial banal, illustre parfaitement la vulnérabilité. Ces appareils fonctionnent sur des fréquences radio similaires à celles des clés de voiture. Un modèle analogique particulièrement ancien peut même servir de relais brut sans filtre ni cryptage. Bien sûr, les systèmes professionnels utilisés par les voleurs sont plus sophistiqués. Mais le principe fondamental reste identique : capter, transmettre, réémettre. Cette démonstration choquante — voler une voiture avec un babyphone — souligne que la sécurité automobile repose parfois sur des fondations plus fragiles que ne le suggèrent les brochures marketing. Les constructeurs promettent des protocoles ultramodernes, mais l'expérience de Mark Rober prouve que l'ingénierie sociale et la physique basique suffisent à contourner ces barrières.

Les failles de sécurité automobiles face à la relay attack

L'illusion du confort sans clé

Le déverrouillage sans clé représente une révolution ergonomique. Approchez votre véhicule, tirez la poignée, démarrez. Aucune manipulation, aucun geste conscient. Cette magie technologique cache pourtant une compromission fondamentale : le véhicule ne vérifie plus votre présence physique, seulement la proximité d'un signal électromagnétique. Les agences spécialisées en sécurité digitale rencontrent régulièrement des cas où cette distinction subtile entre présence réelle et présence simulée crée des failles critiques. L'utilisateur moyen ne distingue pas ces niveaux de sécurité. Il voit une voiture qui s'ouvre quand il approche, et suppose implicitement que le système « sait » qu'il est là. En réalité, le système sait seulement qu'un objet émettant le bon signal se trouve dans un rayon de quelques mètres.

Certaines marques ont tenté d'introduire des contremesures. Capteurs de mouvement dans la clé, vérification de la distance par temps de réponse du signal, détection d'anomalies dans le schéma de déplacement. Ces protections restent insuffisantes. Les équipements de relay modernes compensent les délais, simulent les variations attendues. C'est une course sans fin entre bouclier et épée, où l'épée — moins coûteuse, plus adaptable — conserve l'avantage.

Le confort technologique et la sécurité informationnelle sont souvent antinomiques. Chaque couche de simplicité pour l'utilisateur représente potentiellement une couche de complexité opaque, donc difficilement vérifiable.

L'absence de standardisation internationale

Le marché automobile mondial souffre d'une fragmentation réglementaire. Les exigences de sécurité des clés sans fil varient radicalement d'un continent à l'autre, d'une marque à l'autre. Une voiture vendue en Europe avec un protocole UWB (Ultra Wideband, plus résistant au relay) peut côtoyer un modèle identique vendu ailleurs avec un simple système RFID vulnérable. Les constructeurs optimisent leurs coûts par région, et la sécurité en pâtit. Cette inconsistance profite directement aux pirates. Un équipement fonctionnel sur un marché peu protégé devient exploitable contre des véhicules mieux sécurisés ailleurs, via des techniques transposées. La relay attack, initialement théorisée dans des laboratoires universitaires, s'est propagée dans les groupes criminels grâce à cette porosité réglementaire.

Comment se protéger efficacement contre la relay attack

Solutions physiques et comportementales

La protection commence par l'adoption de bonnes pratiques simples. Le coffre-faraday, pochette métallique ou boîtier bloquant les signaux RF, constitue la première ligne de défense. Ces accessoires bon marché créent une cage de Faraday improvisée, empêchant le signal de votre clé de sortir — et donc d'être intercepté. Rangez votre clé dans ce coffre dès votre entrée à domicile, loin des portes et fenêtres. Certains constructeurs recommandent désormais cette pratique officiellement, signe que la menace est reconnue au plus haut niveau. Le développement d'outils technologiques sur mesure permet d'envisager des solutions de protection personnalisées pour les flottes professionnelles particulièrement exposées.

  • Utilisez une pochette Faraday pour chaque clé intelligente de votre foyer
  • Activez le mode veille ou protection de votre clé si le constructeur le propose
  • Rangez les clés loin des entrées de votre domicile, idéalement dans un endroit central
  • Vérifiez régulièrement les mises à jour logicielles de votre véhicule
  • Considérez l'ajout d'une barre de volant mécanique comme couche supplémentaire

Innovations techniques et perspectives

L'avenir de la sécurité automobile passe par des protocoles de localisation précise. L'Ultra Wideband, déjà déployé par certains constructeurs premium, mesure le temps de vol du signal avec une précision centimétrique. Le véhicule sait alors distinguer une clé réellement proche d'un signal relayé depuis loin. Cette technologie reste coûteuse et peu répandue. Une autre piste explore l'authentification biométrique complémentaire : empreinte digitale sur le volant, reconnaissance faciale à l'entrée. Ces systèmes rendent la relay attack insuffisante seule, forçant les pirates à surmonter plusieurs obstacles simultanément. La recherche en automatisation et intelligence artificielle ouvre également des perspectives pour des systèmes de détection d'anomalies comportementales en temps réel.

La question fondamentale reste celle de l'équilibre. Chaque sécurité ajoutée complexifie l'expérience utilisateur, augmente les coûts de production, multiplie les points de défaillance potentiels. Les constructeurs naviguent entre ces impératifs contradictoires, souvent au détriment d'une protection maximale. L'affaire Mark Rober, pour spectaculaire qu'elle soit, aura au moins le mérite d'avoir sensibilisé le grand public à une menace auparavant confinée aux forums de hackers.

Relay attack : leçons d'une démonstration médiatique

L'intervention de Mark Rober dépasse le simple coup d'éclat médiatique. En choisissant une cible visible, en documentant chaque étape avec la rigueur scientifique qui le caractérise, il a transformé une vulnérabilité technique en sujet de conversation générale. Ce processus de vulgarisation, que nous défendons dans notre approche du conseil stratégique digital, représente souvent le premier pas vers une prise de conscience collective et des changements structurels. Les constructeurs automobiles ne peuvent plus ignorer une faille dont des millions de spectateurs ont désormais la démonstration visuelle.

L'expérience révèle également l'importance de la transparence. Le streamer visé n'était pas une victime réelle mais un cobaye consenti, informé après coup. Cette distinction éthique est essentielle. Les démonstrations de sécurité doivent éclairer sans paniquer, informer sans instrumentalismer. La relay attack, une fois comprise, devient moins terrifiante. Elle devient un risque identifiable, mesurable, contre lequel on peut agir concrètement. C'est précisément cette transformation — de l'angoisse irrationnelle vers la maîtrise éclairée — que vise tout travail de communication technique de qualité.

La meilleure défense contre la relay attack n'est pas technique, elle est cognitive. Comprendre le mécanisme, adopter les bons réflexes, exiger la transparence des constructeurs : voilà la protection durable.

La relay attack, cette technique qui permet de voler une voiture avec un babyphone, illustre une vérité plus large de notre époque connectée. La frontière entre outil domestique banal et instrument de compromission sécuritaire s'amincit constamment. La vulnérabilité naît moins de la malveillance exceptionnelle que de la complaisance ordinaire — ce moment où l'on choisit le confort sans examiner le prix caché. L'alerte lancée par cette affaire reste d'actualité : nos objets les plus familiers peuvent devenir les vecteurs de nos propres failles, et seule la vigilance informée en constitue l'antidote.

Questions fréquentes

La relay attack fonctionne-t-elle sur toutes les voitures sans clé ?

Non, les véhicules équipés de technologie UWB (Ultra Wideband) ou de systèmes de veille de clé résistent mieux. Cependant, la majorité des modèles à démarrage sans contact restent vulnérables, particulièrement les générations antérieures à 2022.

Un simple babyphone peut-il vraiment servir à voler une voiture ?

Théoriquement oui, pour les modèles analogiques sur fréquences compatibles. En pratique, les voleurs utilisent des équipements plus sophistiqués, mais le principe de relais de signal reste identique. La démonstration de Mark Rober a prouvé la faisabilité conceptuelle.

Comment savoir si ma clé de voiture est vulnérable ?

Consultez la documentation de votre constructeur ou contactez votre concessionnaire. Les clés avec bouton de verrouillage/déverrouillage physique sont généralement moins vulnérables que les systèmes purement passifs sans aucune action requise.

La pochette Faraday est-elle vraiment efficace ?

Oui, si elle est correctement conçue avec plusieurs couches de matériau conducteur. Testez-la en plaçant votre clé à l'intérieur et en essayant de déverrouiller votre voiture. Si cela fonctionne, la protection est insuffisante.

Les constructeurs peuvent-ils corriger cette faille par mise à jour ?

Partiellement. Certaines mises à jour logicielles réduisent la sensibilité du véhicule ou ajoutent des délais de vérification. Une protection complète nécessite souvent un changement matériel vers des protocoles UWB plus sécurisés.

La relay attack est-elle illégale même à des fins de démonstration ?

Oui, toute interception non autorisée de signal radio constitue une infraction pénale dans la plupart des juridictions. Les démonstrations légitimes, comme celle de Mark Rober, requièrent le consentement explicite des parties et un cadre juridique strict.

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